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 mains basses sur les terres

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Age : 63
Localisation : L'Assomption,Québec,Canada

MessageSujet: mains basses sur les terres   Lun 9 Mar - 0:44

A l'heure où la crise bat son plein les multinationales en profitent pour
acheter les terres fertiles au plus bas prix partout sur la planète.
Tout ceci est conforme aux Protocoles de Toronto.

AIPL

--------------------------------------------

Main basse sur les terres agricoles du Sud

Des États riches et des entreprises multinationales achètent ou louent à
très long terme des superficies considérables de terres agricoles dans les
pays en voie de développement. Portrait d’une véritable ruée, exacerbée par
la crise alimentaire, qui a un fort relent de colonialisme et dont les
conséquences pourraient être désastreuses.

L’Arabie Saoudite a pris le contrôle d’environ 1,6 million d’hectares de
terres en Indonésie, soit à peu près les trois quarts des terres cultivées
au Québec ! Et conjointement avec les Émirats arabes unis, l’Arabie
Saoudite s’est appropriée 1,4 million d’hectares dans des pays comme le
Pakistan ou le Soudan. La Turquie, le Kazakhstan, le Cambodge, les
Philippines, l’Ouganda sont également visés par les pays du Golfe Persique.
Il s’agit là aussi d’assurer l’approvisionnement en céréales des pays
investisseurs dans lesquels la rareté de l’eau limite la production agricole.

En Tanzanie, en moins d’un an, des compagnies internationales de production
de biocarburants ont accaparé 11 millions d’hectares, soit pratiquement le
huitième de la superficie du pays pour cultiver des plantes destinées à
produire des biocarburants pour l’exportation. L’une d’entre elles,
Sunbiofuels de Grande-Bretagne, a par exemple mis la main sur 40 000 ha
pour produire du jatropha à des fins énergétiques, après avoir évincé les
agriculteurs, qui ont reçu une maigre compensation. Comme le signale le
Financial Times, qui rapportait l’événement, il sera très difficile pour le
gouvernement tanzanien de récupérer ces terres afin d’y produire des
aliments, puisque la concession est d’une durée de 99 ans.

À Madagascar, la compagnie sud-coréenne Daewoo avait négocié avec le
gouvernement malgache la location pour 99 ans de près d’un million et demi
d’hectares. Son projet était de cultiver du maïs, avec comme objectif une
production annuelle de 5,5 millions de tonnes en 2023 destinées à être
exportées en Corée du Sud. Ce pays asiatique importe actuellement 11
millions de tonnes de maïs par année, principalement des États-Unis. À
cela, s’ajoutait la production d’huile de palme. Pour mener à bien son
projet, Daewoo entendait faire venir de la main-d’oeuvre principalement
sud-africaine. La colère suscitée par les révélations entourant l’entente
entre la compagnie et le gouvernement malgache, et par l’attitude arrogante
dont la compagnie a fait preuve dans la justification de sa démarche, a eu
raison du projet.

Ces exemples ne représentent qu’un petit échantillon dans une
multiplication de transactions du même genre par des pays « accapareurs »
(directement ou par le biais de certaines de leurs compagnies ou sociétés
de placement). Ce sont aussi bien des pays européens (Grande-Bretagne,
Suède), asiatiques (Chine, Corée du Sud, Japon dont les entreprises
contrôlent déjà plus de 12 millions d’hectares à l’étranger), pétroliers
(pays du Golfe Persique, Libye, etc.) que des compagnies de pays émergents
(Brésil, Inde). Les pays cibles sont également répartis sur à peu près tous
les continents : Amérique latine (Paraguay, Argentine), Asie (Birmanie,
Cambodge, Laos, Indonésie, Philippines, Thaïlande, Vietnam), Europe
centrale (Ukraine), Afrique (Sénégal, Mali, Malawi, Ouganda, Soudan,
Tanzanie).

Ces listes non exhaustives ne font qu’illustrer un mouvement qui prend une
ampleur préoccupante. Les pays et les compagnies qui investissent ainsi
dans le contrôle de grandes superficies de terre agricole sont guidés par
des raisons qui peuvent varier : s’assurer un approvisionnement en produits
alimentaires pour les uns, accroître la production de biocarburants pour
les autres ou simplement, en ces temps de débâcle financière, investir dans
ce qui apparaît comme étant le meilleur véhicule de placement à long terme
pour des fonds spéculatifs. Ces raisons relèvent toutes d’un même constat :
la crise alimentaire et la crise énergétique ont mis en évidence le
caractère limité des disponibilités en terres agricoles pour satisfaire à
la fois les besoins énergétiques et les besoins alimentaires d’une
population mondiale croissante et confrontée à l’épuisement des énergies
fossiles. Il est ironique que les mêmes pays qui ont tenté de libéraliser
le commerce des produits agricoles au cours de la ronde de Doha, en
invoquant les vertus du libre-échange pour assurer les besoins de la
planète, semblent soudain accorder une confiance limitée à une telle
stratégie puisqu’ils optent pour le contrôle direct de la terre et des
ressources productives.

Un nouveau colonialisme

Presque 50 ans après les grands mouvements de décolonisation, les terres
agricoles des pays en développement sont donc en train de devenir l’objet
d’une nouvelle prise de contrôle par des intérêts étrangers. C’est
d’ailleurs au nom du rejet d’un néocolonialisme que le projet sud-coréen à
Madagascar vient d’avorter. Mais ce recul, s’il montre qu’une mobilisation
peut entraver l’aboutissement de tels projets, n’est encore qu’une
exception dans un mouvement qui prend de l’ampleur.

Si le patrimoine agricole des pays en développement suscite tant de
convoitise et donne lieu à de telles concessions, c’est naturellement en
raison de la dépendance de ces pays à l’égard des investissements
étrangers. Il est facile de faire miroiter aux agriculteurs locaux les
retombées économiques et les avantages, notamment en matière de diffusion
de nouvelles pratiques et technologies agricoles. D’autant plus que de
nombreux pays n’ont toujours pas adopté de régimes fonciers qui assurent
des titres de propriété aux paysans en place. Beaucoup d’entre eux n’ont
encore accès à la terre que par le biais de droits coutumiers complexes et
souvent arbitraires. Dans d’autres pays, c’est plutôt le contrôle de la
plus grande partie des terres par une toute petite minorité qui empêche les
paysans de disposer de quantités suffisantes de terres pour leur permettre
d’en vivre. Ainsi au Paraguay, plus de 75 % des terres agricoles sont la
propriété de moins de 1 % de la population. Dans de telles situations
d’inégalité ou d’insécurité foncière, il est donc plus facile d’écarter les
paysans au profit de grands projets.

Les pays du Nord, eux, se protègent

La plupart des pays occidentaux ont au contraire eu tendance depuis déjà
plusieurs décennies à adopter des législations plus ou moins restrictives
en matière d’achat de terres agricoles par des étrangers. Aux États-Unis
pas moins de 28 États ont des législations qui limitent les possibilités
d’acquisitions de terres par des non-résidents. Il en est de même pour une
majorité des provinces au Canada. Au Manitoba ou en Saskatchewan, un
non-résident ou une compagnie étrangère ne peut posséder plus de 20
hectares de terres agricoles. On trouve des restrictions du même type en
Australie, en Nouvelle-Zélande et dans certains États européens. Plus les
terres agricoles sont vastes et la densité de population faible, plus les
besoins de protection sont manifestes, ce qui explique que des provinces
comme l’Ontario ou le Québec, à forte densité de population, ne se sont pas
senties autant menacées par l’achat de terres par des étrangers.

Ce mouvement d’accaparement des terres agricoles par des intérêts
étrangers, qu’ils proviennent des pays occidentaux, des pays du Golfe ou
des pays émergents a incontestablement des allures de nécolonialisme. Au
moment où - à la faveur de la crise alimentaire - la communauté
internationale réalise enfin que l’on a trop longtemps négligé
l’agriculture des pays en développement, cette confiscation d’une partie de
leur patrimoine foncier pour satisfaire en priorité les besoins des pays
les plus riches envoie décidément un signal contradictoire avec les efforts
de concertation et de mobilisation pour redonner un nouvel élan à
l’agriculture des pays pauvres.

Dans les récentes négociations commerciales de la ronde de Doha, de
nombreux pays en développement ont commencé à opposer le principe de
souveraineté alimentaire à celui de libéralisation des échanges. Ils
revendiquent ainsi le droit de définir et de mettre en place les politiques
agricoles qui leur semblent appropriées, et de prendre les mesures
nécessaires pour protéger leur agriculture. C’est à ces conditions que leur
propre sécurité alimentaire sera possible. Devant ce mouvement de ruée vers
leurs terres agricoles, on observe que la souveraineté alimentaire implique
de se donner les moyens pour contrôler la ressource fondamentale dont
dépend la satisfaction des besoins alimentaires, c’est-à-dire les terres
agricoles. Ce contrôle sera d’autant plus efficace que les paysans pourront
disposer de droits garantis et stables sur cette ressource.

jeudi 26 février 2009 par Guy Debailleul
L’auteur est titulaire de la chaire en développement international de
l’Université Laval et président de Plan Nagua.

Source :
http://www.alternatives.ca/article4557.htmlhttp://www.alternatives.ca/article4557.html
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